Les cordes : raconter autant qu’accompagner
Quand la voix berbère part loin, il lui faut une rampe. Et cette rampe, ce sont les instruments à cordes — souvent d’une apparente simplicité, mais d’une expressivité unique. Ici, pas de virtuosité gratuite : chaque note doit servir la parole, faire pleurer, rire, ou monter la tension.
Le guembri ou sintir : la basse du désert
Emblématique du Sud marocain et de l’univers gnawa, le guembri — boîte de résonance en bois, trois cordes de boyau, frappé et pincé à la fois. C’est le moteur du groove chez les Berbères du Sahara, chez les Touaregs, et dans tous les groupes trad-urbains depuis les années 1970.
- Le guembri pose des boucles répétitives proches de la transe (on parle d’ostinato : motif fixé qu’on répète et varie subtil).
- Il dialogue avec les mains, les cris, parfois des castagnettes métalliques (krakebs) – typique chez les gnawa mais présent aussi dans la chanson amazighe moderne (écoute Gnaoua Diffusion, “Ombre-elle”).
Le loutar : la voix des montagnes
Voici l’un des plus beaux : le loutar, petit luth à 3 ou 4 cordes, dos bombé, manche allongé, utilisé surtout en Moyen Atlas (chez les Imazighen marocains). Sa couleur sonore : quelque chose entre la guitare sèche et l’oud, mais avec un grain plus direct, agressif parfois.
- Il tient la ligne mélodique, double ou relance la voix (ou la remplace dans les parties instrumentales libres).
- À écouter : le maître Mohamed Rouicha, qui a donné au loutar ses lettres de noblesse (exemple ici), ou encore Brahim Ounassar.
Le rebab : l’arc du sentiment
Moins répandu aujourd’hui, mais indispensable dans certains styles du Moyen Atlas ou du Souss, le rebab (vièle à une corde tendue, parfois deux) crie, soupire, module des notes presque vocales. S’il y a un instrument équivalent à la voix, c’est bien lui.
- Ses complaintes accompagnent les poèmes racontés sur plusieurs générations.
- Il imite souvent les subtilités du chant, glissant d’une note à l’autre sans séparation franche (on appelle ça le glissando).