Retour sur les traces : la rumba avant la rumba
Avant de s’appeler rumba, cette musique circule déjà. Les bateaux, au XIXe siècle, emportent des hommes et des souvenirs entre l’Afrique et les Amériques. Parmi eux, les rythmes africains s’inventent de nouvelles vies dans les faubourgs de La Havane : c’est là que naissent le son cubano, le guaracha ou la clave, pouls à cinq temps migré tout droit de la tradition bantoue.
Mais le mot “rumba”, en Afrique centrale, désigne d’abord la fête, le bouillonnement du soir. Le lingala “nkumba” (prononcé “koumba”), évoque la danse près du feu, parfois la sensualité de la rencontre.
C’est au début du XXe siècle que la boucle se referme : des 78 tours de Sonora Matancera ou d’Arsenio Rodriguez débarquent au port de Léopoldville (actuelle Kinshasa), glissés dans les valises ou rapportés par les marins ghanéens et les négociants grecs. Les bars s’ensoleillent : on s’arrache les disques de Celia Cruz, Abelardo Barroso, Beny Moré. Leur musique, pleine de cuivres et de guitares énergétiques, rencontre la scène locale avide de nouveauté.
- Le label Ngoma, fondé en 1948 à Brazzaville, commencera d’ailleurs ses premières sessions en enregistrant des adaptations de morceaux cubains – une tradition qui se poursuit jusque dans les années 1960 (Africa Is A Country).