Des passerelles naturelles avec le jazz
Ce qui frappe, quand on écoute la musique mandingue, c’est la liberté rythmique. Et ça, le jazz l’adore.
Dans les années 1960, l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique se regardaient déjà. Les États-Unis faisaient revenir la “musique noire” à ses origines : John Coltrane reprend les motifs cycliques africains (“Africa/Brass”, 1961). De l’autre côté, les grands orchestres maliens et guinéens (Rail Band, Bembeya Jazz National) injectaient des cuivres, des harmonies jazz, et un swing hérité des années 40.
Exemple lumineux : Cheick-Tidiane Seck (claviériste malien) qui joue à Londres avec Herbie Hancock ou Wayne Shorter – on entend la kora qui dialogue littéralement avec le Fender Rhodes, chaque motif répondant à l’autre.
Ce n’est donc pas un hasard si la musique mandingue circule si facilement dans les clubs de jazz européens. On entend dans la musique mandingue :
- Des cycles ouverts — on ne sait pas toujours quand ça finit, ni quand ça commence, exactement comme une jam session de jazz
- Des improvisations — le griot improvise souvent comme un sax, il tisse, il déconstruit, il relance
- Un sens puissant du collectif — personne ne cherche à tout prix à prendre le solo, le groove appartient à tous
À écouter absolument : “Kora Jazz Band” (fondé par Abdoulaye Diabaté), où la kora et la batterie jazz s’amusent à déconstruire les frontières.