Être griot : l’art d’entrelacer la parole et la pulsation
Plus qu’un chanteur : un passeur, un juge, un médiateur
Griot, ce mot intrigue. En fait, il vient du portugais “criado”, signifiant “serviteur”. Mais le vrai terme local, c’est jali (singulier) ou jalilu (pluriel). Littéralement, un griot est un “détenteur de la parole”. Il mémorise, transmet, raconte ; il célèbre et aussi, parfois, il dénonce.
Dans la société mandingue, le griot hérite sa fonction, génération après génération. Tu nais griot comme on naît forgeron ou chasseur. Ta famille chérit un répertoire immense, transmis oralement. Les grands griots connaissent des centaines, voire des milliers de chansons et d’histoires, où chaque lignée se reconnaît.
Le griot est :
- Historien — Il connaît la généalogie, les grands faits d’armes, les alliances, les pactes.
- Musicien — Il maîtrise la kora (harpe-luth), le balafon (xylophone africain), la ngoni (luth ancestral), parfois des percussions.
- Médiateur social — On fait appel à lui pour pacifier les tensions, trouver les mots, donner la “bénédiction” lors des mariages ou des funérailles.
Imagine une histoire. Soundiata Keïta, fondateur de l’empire mandingue, n’existerait pas dans les livres, sans Balla Fasséké Kouyaté, son griot attitré. C’est ce dernier qui a consignait toute sa geste — un récit devenu “épopée de Soundiata”, la plus fameuse d’Afrique de l’Ouest, connue dans tout le Sahel. (Source: UNESCO, “La tradition orale de l’épopée de Soundiata”, patrimoine culturel immatériel)